La région Occitanie connaît une mosaïque de climats modulés par les influences maritimes (océan Atlantique et mer Méditerranée), la présence de massifs montagneux (Pyrénées et Massif central) et la distribution de grandes vallées fluviales (Garonne et Aude notamment) orientant les écoulements atmosphériques, qui se manifestent notamment par le vent d’Autan, la Tramontane ou le Mistral.
Ces différents climats (méditerranéen, océanique dégradé ou montagnard) se distinguent notamment par les cumuls annuels et saisonniers de précipitation que l’on y rencontre. Le cumul annuel des précipitations moyen sur la période 1981-20101 est de moins de 600 mm (1 mm de précipitations représentant 1 litre d’eau par m2) sur le littoral languedocien, de l’ordre de 1500 mm sur les crêtes des Pyrénées et l’Aubrac et dépasse 2000 mm sur les Cévennes (Massif du Mt Aigoual et du Mt Lozère) (figure 1.1).
Le cumul annuel moyen sur la région Occitanie pour la période 1991-2020 est de l’ordre de 950 mm, mais varie fortement d’une année à l’autre. Par exemple, la valeur de ce cumul annuel était de 696 mm en 1967, et de 1313 mm en 1996 (figure 1.2). Dans le climat méditerranéen, les précipitations se produisent majoritairement aux intersaisons, au printemps et surtout en automne tandis que les pluies sont régulièrement réparties sur l’année en climat océanique dégradé. En montagne, les pluies orageuses d’été prédominent dans le cumul annuel.
1 Les cumuls moyens de précipitations sont estimés ici sur une période de 30 ans, car ils peuvent varier significativement à la hausse ou à la baisse d’une décennie à l’autre.
Figure 1.1. Cumul annuel (en mm) des précipitations sur l’Occitanie en moyenne sur 1981-2010. (Source : Météo-France, pour le CROCC_2021)
L’une des autres particularités du climat de l’Occitanie concerne les précipitations intenses dans les régions proches de la Méditerranée. Ces phénomènes se produisent principalement en automne et peuvent conduire à l’équivalent de plusieurs mois de pluie en seulement quelques heures ou quelques jours. Ils sont la cause de crues soudaines et de glissements de terrain et peuvent être à l’origine d’importantes pertes humaines et matérielles.
Ils sont appelés épisodes cévenols lorsqu’ils sont directement liés au soulèvement de masses d’air en présence d’un relief ou plus généralement épisodes méditerranéens. Les pluies intenses surviennent quand de l’air chaud et chargé en humidité provenant de la mer Méditerranée est surmonté par des masses d’air froid en altitude.
Ce conflit de masses d’air, source d’instabilité, est à l’origine de mouvements verticaux intenses : l’air chaud et humide présent près de la surface s’élève et se refroidit, entraînant la condensation de la grande quantité de vapeur d’eau qu’il contient en nuages d’orage qui apportent ensuite des pluies intenses.
Les très forts cumuls de précipitations observés lors de ces épisodes s’expliquent le plus souvent par la quasi-immobilité des systèmes orageux, bloqués par la présence de relief, comme celui des Cévennes, ou encore par des lignes de convergence2 favorisées par des circulations météorologiques de petite échelle.
2 Il s’agit d’une zone où, près de la surface, le vent converge et contraint l’air à s’élever, ce qui peut engendrer des orages.
Figure 1.2. Évolution du cumul annuel des précipitations (mm) en moyenne sur la région de 1960 à 2020. La courbe en rouge représente la moyenne glissante des données annuelles par périodes de 11 ans.
Figure 1.3. Évolution des températures moyennes (°C) annuelles en Occitanie de 1950 à 2020. La courbe en rouge représente la moyenne glissante des données annuelles par périodes de 11 ans.
La température moyenne annuelle de la région Occitanie observée sur la période 2001-2020 est de 12,5 °C, avec des variations d’une année à l’autre pouvant dépasser 1 °C (figure 1.3). Elle se situe autour de 15 °C sur la plaine languedocienne et de 14 °C dans le Midi toulousain. Comme la température moyenne diminue typiquement d’environ 1 °C pour 150 m d’altitude, elle est souvent inférieure à 10 °C sur les hauteurs du Massif central et des Pyrénées dès 800 à 1000 m d’altitude. La suite de ce chapitre est organisée en sections portant chacune sur l’évolution passée observée d’une variable caractérisant le climat (température, précipitations, etc.), puis sur son évolution future dans plusieurs scénarios.
L’encadré 1.A fournit des précisions sur les sources de différents jeux de données et la table 1.A rassemble les définitions des principaux indicateurs climatiques utilisés dans le chapitre.
Table 1.A. Définition (Météo-France) des indicateurs utilisés dans ce chapitre.
Encadré 1.A. Observations et estimations futures du climat
Observations et estimations futures du climat L’ensemble des données caractérisant le climat passé de la région Occitanie sont issues du réseau d’observation de Météo-France. Elles sont rassemblées et traitées par la Direction de la Climatologie et des Services Climatiques de l’établissement, avec correction de l’effet des évolutions de l’implantation des instruments de mesure et des techniques utilisées (homogénéisation). Dans ce chapitre, sauf exception, le climat « actuel » correspond à l’analyse des observations sur la période 2001-2020.
Les changements futurs sont estimés à partir des nouvelles projections climatiques de référence pour la métropole DRIAS 2020 (Soubeyroux et al., 2021), disponibles sur le portail DRIAS. Ce jeu de données s’appuie sur des simulations climatiques produites par plusieurs modèles à haute résolution produites dans le cadre du projet international Euro-CORDEX, et ajustées par une méthode statistique utilisant les observations pour une période de référence passée. Le changement climatique récent et à venir est essentiellement dû aux gaz à effet de serre émis par les activités humaines, tels que le dioxyde de carbone (CO2) (combustion de ressources fossiles telles que le charbon, le pétrole et le gaz naturel, changements de l’usage des sols, production de ciment), ou encore le méthane (élevage, riziculture, décharges). Pour estimer les évolutions futures du climat, plusieurs scénarios d’émissions sont généralement pris en compte. Les simulations futures retenues dans DRIAS 2020 correspondent à trois des scénarios RCP considérés dans le 5e rapport du GIEC (GIEC, 2013) : • RCP2.6 (« forte réduction des émissions ») : les émissions mondiales de CO2 décroissent au début des années 2020 et sont proches de zéro vers 2070 ; • RCP4.5 (« scénario médian ») : les émissions de CO2 atteignent un maximum vers 2040 puis décroissent avant de se stabiliser à la moitié du niveau actuel à partir de 2080 ; • RCP8.5 (« scénario à fortes émissions ») : les émissions de CO2 croissent tout au long du XXIe siècle. En 2100, dans ce scénario elles sont trois fois supérieures au niveau actuel.
Le 6e rapport d’évaluation du groupe I du GIEC (IPCC, 2021) s’appuie en grande partie sur les nouveaux scénarios SSP (Shared Socioeconomic Pathways) croisant des niveaux d’émissions avec des récits socio-économiques. Par exemple, les scénarios SSP2-4.5 et SSP3-7.0 mentionnés plus loin correspondent respectivement à un monde où les tendances socio-économiques actuelles se poursuivent (émissions proches de celles du scénario RCP4.5), et à un monde fragmenté, avec une croissance économique faible, peu d’efforts pour l’environnement (fortes émissions de gaz à effet de serre).
Dans ce chapitre, sauf exception liée à la disponibilité de certaines données, un horizon « proche » est considéré (2025-2044), sans distinction entre les différents scénarios RCP, ceux-ci étant peu différenciés sur cette période. Les scénarios sont par ailleurs déclinés pour des horizons « milieu de siècle » (2041-2060) et « fin de siècle » (2081-2100) identiques à ceux du 6e rapport du GIEC.