Évolution des températures

Par rapport à 1901-1920, le réchauffement moyen en Occitanie est estimé à environ 1,8 °C pour 2001-2020 et 2,1 °C pour 2011-2020. Il est donc légèrement supérieur au réchauffement moyen de l’ensemble des continents (1,59 °C) entre 1850-1900 et 2011-2020 estimé par le GIEC dans son 6e rapport (IPCC, 2021). En Occitanie, l’essentiel du réchauffement s’est produit depuis 1951- 1970 (+1,4 °C), et chacune des quatre dernières décennies a été plus chaude que toutes les précédentes depuis 1900.

Depuis les années 1980, le réchauffement moyen est supérieur à 0,4 °C par décennie avec des variations légères d’une décennie à l’autre. Par ailleurs, en moyenne annuelle, les températures diurnes se réchauffent davantage que les températures nocturnes. Le réchauffement récent s’est traduit par une diminution sensible des besoins potentiels de chauffage en Occitanie (de l’ordre de 10 à 15 %) tandis que les besoins potentiels de climatisation ont augmenté d’environ 50 %3, avec des disparités selon le lieu considéré.

En Occitanie, l’année la plus chaude depuis 1950 est 2020, et 9 des 10 années les plus chaudes se sont produites au cours des 20 dernières années (figure 1.3). Le réchauffement depuis 1951-1970 présente des modulations saisonnières avec un maximum en automne (+1,7 °C) et en été (+1,6 °C) et un minimum en hiver (+1,3 °C) et au printemps (+1 °C). La table 1.B illustre l’évolution des températures à travers les changements de températures minimales et maximales des mois de janvier et juillet pour quelques localités d’Occitanie.

Même si à l’échelle d’une région telle que l’Occitanie la variabilité intrinsèque du climat joue un rôle plus fort dans l’évolution de la température qu’à l’échelle mondiale, l’essentiel du réchauffement observé est attribuable aux gaz à effet de serre produits par les activités humaines (IPCC, 2021). Certains composés émis par les activités humaines, notamment les particules soufrées, ont au contraire une contribution refroidissante. À la différence des gaz à effet de serre, qui sont relativement bien mélangés dans l’atmosphère, ces particules sont plus abondantes près des régions où elles sont émises. Leur effet sur le climat est donc différencié d’une région à l’autre.

Dans les prochaines décennies, la température moyenne annuelle continuera à augmenter sur toute la région quel que soit le scénario considéré. Les informations ci-après sont issues des résultats du rapport DRIAS 2020 réalisé par Météo-France et qui fournit un ensemble de simulations numériques de l’évolution climatique future en France métropolitaine (voir encadré 1.A).

Sur la période 2025-2044, le réchauffement supplémentaire par rapport à 2001-2020 devrait être compris entre 0,5 et 0,9 °C (estimation centrale de 0,7 °C sur l’ensemble de l’Occitanie, soit 2,5 °C de hausse par rapport à 1901-1920). Au-delà, la hausse des températures dépendra d’autant plus du scénario considéré que l’horizon est lointain (table 1.C). Sous le scénario RCP2.6 (fortes réductions des émissions de gaz à effet de serre), la température moyenne en Occitanie devrait se stabiliser à environ 0,5 °C au-dessus de son niveau de 2001- 2020 (+2,3 °C par rapport à 1901-1920). En milieu de siècle (2041-2060), le réchauffement est plus prononcé dans les scénarios RCP4.5 (médian) et RCP8.5 (fortes émissions de gaz à effet de serre), respectivement d’environ 1 °C (+2,8 °C par rapport au climat actuel) et 1,4 °C (+3,2 °C par rapport à 1901-1920).

En fin de siècle (2081-2100), les projections indiquent une augmentation de 1,6 °C en RCP4.5 (+3,4 °C par rapport à 1901-1920) et de 3,8 °C en RCP8.5 (+5,6 °C par rapport à 1901-1920). À titre de comparaison, le GIEC a estimé le réchauffement mondial entre 1850-1900 et 2081-2100 à 4,3 °C en RCP8.5 (plage probable 3,2 à 5,4 °C) dans son 5e rapport (GIEC, 2013), et à 4,4 °C (plage probable 3,3 à 5,7 °C) dans son 6e rapport (IPCC, 2021) pour un scénario comparable de fortes émissions de gaz à effet de serre (SSP5-8.5).

Comme dans les observations depuis le début du XXe siècle, les projections indiquent que le réchauffement futur est plus marqué en été et automne qu’en hiver et au printemps. En fin de siècle, dans le cas du scénario RCP8.5, le réchauffement moyen en été par rapport à 2001-2020 est de l’ordre de 4,6 °C, de 4,1 °C en automne, et de 3,4 °C en hiver et au printemps. Par ailleurs, l’amplitude diurne augmente légèrement avec une hausse plus rapide des températures maximales quotidiennes que des températures minimales (+0,1 °C), qui s’accentue en fin de siècle pour atteindre +0,4 °C en RCP8.5.

3 Les estimations fournies ici proviennent de l’application ClimatHD de Météo-France.

Table 1.B. Comparaison des températures minimales et maximales de janvier et juillet (°C) pour différentes localités d’Occitanie entre les périodes 1951-1970 et 2001-2020.

Table 1.C. Réchauffement de la température annuelle moyenne en Occitanie (°C) par rapport à 2001-2020 pour les trois scénarios considérés dans DRIAS 2020 pour le milieu et la fin de siècle. Le réchauffement moyen fourni par l’ensemble des modèles est indiqué, suivi de la plage probable (entre parenthèses). Le réchauffement depuis 1901-1920 peut être obtenu en ajoutant le réchauffement entre 1901-1920 et 2001-2020 (de l’ordre de 1,8 °C).

NB : La plage « probable » (au sens de la terminologie du GIEC) est un intervalle dans lequel une variable estimée a deux chances sur trois de se situer.

L’évolution observée de la température moyenne se retrouve aussi au niveau des extrêmes de température. Les vagues de chaleur se sont multipliées en Occitanie, avec 22 événements identifiés sur 2001-2020 contre seulement 4 sur 1951-19704. Tous scénarios confondus, le nombre de jours de vagues de chaleur (environ 11 par an en moyenne sur 2001-2020) pourrait atteindre 15 à 24 en milieu de siècle. En fin de siècle, les évolutions dépendront fortement du scénario d’émissions puisqu’en RCP8.5, les jours de vague de chaleur (83) pourraient être 8 fois plus fréquents qu’actuellement contre 2 à 3 fois en scénario RCP4.5 (24).

Le nombre de journées de forte chaleur (température maximale supérieure à 30 °C) a doublé à Toulouse entre 1950 et 2020 (figure 1.4). Sur l’ensemble des régions de basse altitude de l’Occitanie, ces événements pourraient être de l’ordre de 30 % plus fréquents à court terme (2025-2044), et 3 à 4 fois plus fréquents en fin de siècle si le scénario RCP8.5 est suivi (facteur 2 en cas de RCP4.5).

Dans le cas du scénario RCP2.6, le nombre de journées de forte chaleur se stabilise à partir du milieu de siècle. Il a été observé que les températures maximales les plus chaudes ont davantage augmenté depuis 1951-1970 (+1,9 °C) que les températures moyennes (+1,4 °C). Dans le futur, cet écart sera d’autant plus important que le réchauffement moyen est élevé. Par exemple, dans le scénario RCP8.5, les extrêmes chauds de fin de siècle pourraient se situer environ 5 °C au-dessus des niveaux actuels, pour un réchauffement des températures moyennes de l’ordre de 3,8 °C.

Le nombre de nuits tropicales à Nîmes (24 par an en moyenne sur 2001-2020) a été multiplié par 3 depuis les années 1950 (figure 1.5). Ces effets liés à la hausse des températures extrêmes sont accentués dans les grandes agglomérations par les effets de l’îlot de chaleur urbain (voir chapitre-enjeu Milieux urbanisés). A court terme (2025-2044), le nombre de nuits tropicales pourrait atteindre 50 à 80 près du littoral méditerranéen (figure 1.6), soit environ 10 à 15 de plus qu’actuellement, puis augmenter progressivement jusqu’à atteindre 60 à 100 en fin de siècle dans le scénario RCP4.5 et plus de 100 dans le scénario RCP8.5.

4 À l’échelle nationale, le nombre de vagues de chaleur est passé de 5 sur 1951-1970 à 26 sur 2001-2020.

Les évolutions devraient être également sensibles sur la plaine toulousaine avec plus de 60 jours en 2081- 2100 (soit 4 à 5 fois plus qu’actuellement) en RCP8.5 et de l’ordre de 30 à 40 en RCP4.5 (figure 1.6). En fin de siècle, des nuits tropicales ne sont pas à exclure en montagne même à des altitudes de 2000 m dans le scénario le plus fort. Dans le scénario de fortes réductions des émissions (RCP2.6), le nombre de nuits tropicales devrait se stabiliser sur l’ensemble de la région à partir du milieu de siècle.

Concernant les extrêmes « froids », 21 vagues de froid ont été observées sur 1951-1970 contre 13 sur 2001- 2020. Entre 1950 et 2020, le nombre de jours de gel a significativement diminué sur l’ensemble de la région, de 1 à 3 jours par décennie. Cette tendance devrait se prolonger jusqu’en milieu de siècle, mais devrait être plus marquée sur les zones d’altitude supérieure à 800 m. Vers 2050, les régions littorales devraient connaître moins de 10 jours de gelées par an en moyenne, contre 20 à 30 pour la plupart des régions de faible altitude de Midi-Pyrénées en scénario RCP2.6 et de l’ordre de 10 à 20 en RCP8.5. Dans le scénario RCP8.5, les gelées ne disparaissent pas mais deviennent rares sur le littoral en fin de siècle, avec souvent moins d’un événement par an en moyenne. Les autres régions connaissent généralement moins de 10 jours de gelée par an, sauf dans les zones de montagne situées à plus de 800 m d’altitude.

Figure 1.4. Évolution du nombre annuel de jours de forte chaleur à Toulouse de 1950 à 2020

Figure 1.5. Évolution du nombre annuel de nuits tropicales à Nîmes de 1950 à 2020

Figure 1.6. Évolution du nombre annuel de nuits tropicales calculée à partir des données DRIAS 2020 (fond de carte) pour la période 2001-2020 (a), pour la période 2041-2060, scénarios RCP2.6 (b), 4.5 (d) et 8.5 (f) et pour la période 2081-2100, scénarios RCP2.6 (c), 4.5 (e) et 8.5 (g). Les pastilles colorées sur la figure (a) représentent les données d’observation issues des stations météorologiques de Météo-France sur 2001- 2020 (même code de couleur que pour les fonds de carte).

Encadré 1.B. La canicule de juin 2019 en Occitanie

Une façon d’illustrer l’impact de l’influence humaine sur les vagues de chaleur consiste à s’intéresser à un événement remarquable et à décrire ce qu’aurait été un événement « comparable » sans changement climatique, ou dans un climat de fin de XXIe siècle. Du 27 au 29 juin 2019, l’Occitanie a connu une canicule remarquable, avec des températures qui ont atteint 46 °C le 28 juin à Vérargues dans l’Hérault (record absolu de chaleur pour la France métropolitaine à la date de parution de ce rapport). Dans le climat de 2019, un événement aussi chaud a une probabilité d’occurrence d’environ 10 % – on s’attend à observer un tel événement une fois tous les 10 ans en moyenne. Le calcul suggère que le réchauffement causé par l’homme a déjà multiplié par environ 25 cette probabilité ; le même événement serait donc extrêmement rare sans influence humaine (moins de 1 % de chances). Vu sous un autre angle, le même événement aurait été environ 1,9 °C moins chaud sans influence humaine sur le climat.

Si on regarde vers le futur cette fois, on peut estimer qu’un événement aussi chaud se produira en moyenne une année sur 4 au cours de la période 2025-2044, et qu’un événement aussi rare sera alors 1 °C plus chaud. En fin de XXIe siècle (période 2081- 2100), dans le scénario médian SSP2-4.5, cet épisode sera devenu un événement banal, puisque 9 étés sur 10 connaîtront une période de 3 jours plus chaude que celle vécue en 2019. La région serait alors exposée à des canicules nettement plus sévères, puisqu’une canicule survenant tous les 10 ans serait environ 3,5 °C plus chaude que celle de 2019. Toujours en fin de siècle, mais dans un scénario à plus fortes émissions (SSP3-7.0), les canicules se produisant une fois par décennie pourraient être environ 5,5 °C plus chaudes que l’événement de 2019. Inversement, des émissions plus faibles limiteraient l’ampleur des canicules attendues pour cette période.

Figure 1.7. Évolution de la température d’une canicule aussi rare que celle de 2019 (probabilité d’occurrence de 10 %) dans un climat sans influence humaine (bleu), avec influence humaine (scénario médian SSP2-4.5, jaune), avec influence humaine et fortes émissions (scénario SSP3-7.0, rouge).